Hommage du Baron Paul HALTER

Le mot du Président de la Fondation Auschwitz

Qui était Jacques Rozenberg ?

Je peux affirmer l’avoir bien connu. Nos familles étaient très proches et militaient dans les milieux bundistes. C’est ainsi que nous apprîmes les rudiments du yiddish, la langue vernaculaire des Juifs d’Europe orientale.
Bientôt Jacques souffrit de la séparation de ses parents. Souvent ballotté, habitant avec sa mère dans un petit appartement à l’étage au-dessus d’une boulangerie-pâtisserie, lui et son ami Henri, fils de la maison, étaient doués pour le violon et se faisaient concurrence. A qui jouerait le mieux ! Avec sa forte personnalité, Jacques avait décidé de m’accompagner aux Faucons rouges. Nous partions en colonie de vacances ensemble.
Déjà, il n’acceptait pas les ordres et se payait... des heures de liberté.
La guerre a créé une césure entre nous.
Retour d’exode et entré à l’U.L.B., j’avais reçu mission de mettre sur pied un mouvement de résistance. Jacques le rejoignit par la presse clandestine. J’appris par la suite qu’il avait été ramassé comme moi.
Revenus l’un et l’autre par miracle de captivité, il avait épousé une jeune Italienne. Nous renouâmes des liens étroits avec la constitution de l’Amicale des rescapés d’Auschwitz et des camps de Haute Silésie.
Entre-temps, j’eus connaissance que c’était ses dons de violoniste qui l’avaient sauvé des sélections dans les camps. Ces mêmes dons firent de lui, plus tard, le Directeur de la Discothèque – région bruxelloise.
Mais la maladie le guettait. Ce qui ne l’empêcha pas de s’engager en bénévole chez Oxfam tout en créant, avec quelques camarades de l’Amicale, la Fondation Auschwitz dont j’assumai la Présidence. Notre travail ne se fit pas tout seul et la plupart des fondateurs nous ont quittés trop tôt. Divorcé, sa rencontre avec Andrée lui fut un soutien. Elle lui fit prendre conscience de ses talents d’écrivain-poète en même temps que peintre. C’est ainsi qu’il utilisa, outre le papier, un système spécial de peinture sur radiographie.
Que dire de plus. Jusqu’à sa fin, douloureuse à l’extrême, il continua à témoigner afin qu’Auschwitz ne se reproduise plus.
Jacques, tu nous manques. Les esprits critiques sont rares, nécessaires et enrichissants.

Baron Paul Halter