Hommage de Baudouin FERRANT

« Amour, amour, amour... » *

J’ai connu Jacques de 1997 à 1999. Deux ans.Trop peu. Il venait parler à des militants dans des formations syndicales : témoigner d’abord d’Auschwitz et des Marches de la Mort à travers un récit rigoureux car il n’acceptait pas que l’on raconte n’importe quoi. Mais avant tout dans un discours empli d’une sensibilité extraordinaire, centré sur l’Homme, ses côtés humains et inhumains. A ceux qui parlaient de courage, il évoquait le découragement latent. A l’héroïsme des uns, il opposait la lâcheté des autres et, dans des discussions intimes, il avouait la sienne propre.

Jacques nous a laissé des œuvres qui reflètent sa rage au cœur. Dans ses tableaux, la vie circule comme un courant d’air, chaud ou froid. Les écrits vont droit au cœur et sont autant d’incitations à la réflexion, à la prise de conscience et à l’engagement.

Se battre pour un monde meilleur, c’est fondamentalement un acte d’Amour. Le 1er mai 1999 - Fête du Travail et anniversaire de sa libération à Dachau en 1945, il avait adressé un message aux militants. Il regrettait de ne pas être parmi nous, santé empêche et nous souhaitait : « (...) la prise de conscience de l’actualité défavorable aux travailleurs du monde entier ; ceux qui donnent leur force et se battent pour recevoir leur dû... Aux individus gommés de la vie par les armes, la faim, les maladies, auxquels on refuse ce droit élémentaire à la vie. Je salue vos engagements et regrette de ne pas être à vos côtés (...) ».
Amour généreux et engagement généreux, voilà les traits majeurs de la personnalité de notre «copain» Jacques.
Lors de moments difficiles, quand le «feu sacré» me fait défaut, je pense à lui, à sa vie et à son œuvre et je réentends les mots d’encouragement qu’il m’adressait pour ne pas abandonner le combat, surtout en ces temps incertains.
Et comme Jacques aimait à le répéter : « On les aura ! »

Baudouin Ferrant
Porte-parole de « Liberté et Tolérance » - FGTB de Bruxelles
Administrateur de la Fondation Auschwitz

* Paroles de Jaques Rozenberg à Auschwitz en 1978, dans le film « Un jour les témoins disparaîtront » (Frans Buyens et Lydia Chagoll) quand il y revint pour la première fois en tant que témoin survivant.